médecine et performance, quelles limites, la frontière

Jean-Jacques Menuet, médecin du sport, nutrition du sport, médecin référent de l’équipe cycliste « Arkéa-Samsic »

Présent sur mon 16ème Tour de France en qualité de médecin d’équipe, j’aborde aujourd’hui un sujet un peu polémique: médecine éthique et performance, quelle frontière ?

Pas question dans mes propos de dire que notre équipe lave plus blanc que blanc et que d’autres équipes lavent gris ou noir; nos résultats sportifs « moyens » pourraient m’amener à adopter cette attitude, et bien non …

Ma relation avec le sportif de haut niveau m’a toujours amené à rester totalement neutre par rapport à la valeur sportive et aux résultats : je suis aussi proche d’un coureur qui ne marche pas que d’une star; la propension du médecin à aider ceux qui souffrent m’amène probablement à être plus proche du perdant que du gagnant. « En même temps » je suis conscient que ma mission dans le sport professionnel, et en particulier l’attente de l’équipe qui recourt à mes service, est de faire en sorte que les gars soient en forme, mettre en place des stratégies de prévention santé, de prévention des carences, et je me dois de proposer une solution pour guérir rapidement un coureur malade; tout cela est évident. C’est aussi ce challenge d’une médecine efficace qui anime ma passion; toutes mes expériences (foot pro, médecin d’équipe de France en boxe anglaise, accompagnement de nombreux athlètes, joueurs de tennis, nageurs, etc) ont été et sont empreintes de ce souci d’une médecine du sport efficace, mais qui reste dans les « clous »

Ma position par rapport au dopage est claire: je suis médecin, pas juge, pas policier, pas enquêteur; surtout je n’ai pas à juger des comportements: chacun fait ce qu’il veut de sa vie, dans sa vie; par contre un sportif qui déraperait doit assumer; je pense très sincèrement que les gars de mon équipe sont clairs, qu’ils luttent avec leurs armes dans le respect d’une éthique.

La mission du médecin d’équipe est de veiller à la santé des coureurs de son équipe; un règlement interne très clair reprend bien sûr la liste des produits interdits. Le débat se situe autour des moyens de faciliter la performance sans que les procédés soient interdits: licite ou pas licite ? éthique ou pas éthique ?

Ma réponse est claire: je m’interdis toute stratégie qui peut avoir un retentissement péjoratif sur la santé d’un sportif; je prends quelques exemples, connus des Instances: la consommation de corticoïdes à outrance, la prise d’extraits thyroïdiens, la prescription injustifiée d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques; clairement ceux qui cautionnent cela jouent avec la santé de leurs coureurs; bizarre que certains coureurs ne parlent pas des pratiques dans leurs équipes …

Par contre je m’autorise à piloter une médecine de soins la plus efficace possible pour répondre rapidement à tout problème rencontré par un coureur; la prévention joue un rôle essentiel: bilans physiologiques, biologiques, recours à un réseau de confrères spécialisés et qui aiment le sport (cardio, pneumo, digestif, traumato, ORL, etc etc); je suis spécialisé en nutrition du sport, une de mes principales stratégies est de proposer un cadre et des protocoles précis pour la gestion nutritionnelle avant, pendant, après l’effort; j’ai participé à de nombreuses études et publications et je pense maîtriser pas trop mal les processus physiologiques biologiques et hormonaux qui se mettent en place avant pendant et après l’effort, pour proposer une logistique qui teint la route; savoir quels sont les acides aminés qui sont sollicités dans un certain type d’effort permet de proposer des complémentations efficaces. Permettre au sportif de stocker avant l’effort, d’entretenir pendant l’effort, de reconstituer après l’effort les micro et macro nutriments sollicités pendant l’effort. Ça permet au coureur de gagner ?? Non certainement pas, mais ça l’aide à rester en possession de ses moyens.

Au delà de la nutrition, toutes les stratégies de récupération doivent être déployées: optimiser le retour veineux, refroidir les muscles qui ont chauffé, la qualité du massage, la récupération du stress, la qualité de l’environnement du coureur, la gestion de son sommeil. Notre équipe pluridisciplinaire veille à tout cela: les assistants, les kinés et ostéos, notre diététicien, notre cuisinière: un travail de groupe.

En conclusion : je suis passionné par cette médecine de performance, juste je fixe des limites, pour la santé du sportif; de bien belles phrases ? Non, pas que; aussi et surtout parce que je respecte une éthique et qu’un passé ancien m’a amené à connaître un cyclisme « compliqué » où, sans être acteur, je côtoyais des stratégies connues de tous (médecins, Instances nationales et internationales, pouvoirs publics) Je suis très loin d’être le seul à revendiquer la pratique d’une médecine éthique, de nombreux confrères médecins d’équipes sont en phase avec ça; par contre manifestement d’autres confrères cautionnent voire sont actifs dans la facilitation non éthique de la performance … Chacun son histoire de vie, après tout … C’est le message que je répète à « mes » coureurs lorsqu’ils m’exposent les suspicions qu’ils ont sur tel ou tel coureur: mon propos est clair: « on s’occupe de nous, de ce qu’on fait, ce que font certains on s’en fout, juste j’espère qu’ils ne font pas de mal à notre sport et que le public ne sera pas déçu si un jour on apprend que …« 

Allez, bonne journée à tous, et à nouveau un immense merci pour votre fidélité sur ce site de conseils en médecine du sport et en nutrition du sport.

Jean-Jacques

PS: j’anime également un site de séances de sophrologie à télécharger: https://www.seance-sophrologie.com

Tour de France, je vous invite à partager ma journée de médecin d’équipe

Tour de France 2016, la journée d’un médecin d’équipe

Entrez dans les coulisses de l’équipe en suivant jjdok sur une journée du matin au soir pendant le Tour de France; je suis le médecin de l’équipe depuis 3 ans, après une expérience de 17 années dans le milieu, et il s’agit de mon 11ème Tour de France

Un préalable avant de détailler le contenu de ma journée: ce qui est à l’origine de ma passion pour la médecine du cyclisme sur le terrain, c’est la notion de travail en groupe: les assistants, les kinés, les directeurs sportifs, les mécanos: on travaille tous ensemble, chacun dans son domaine d’expertise et d’expérience; par exemple un problème de genou concerne le doc bien sûr, mais aussi l’assistant qui va masser le coureur, le kiné, et le mécano qui va observer si rien n’a bougé sur le vélo: matos, position, chaussures, cales, semelles; on bosse ensemble, sans notion de hiérarchie.

Mon téléphone me réveille à 5h45 ; je traite mes mails urgents, je vais déjeuner vers 6h30-7h, j’attends les autres membres du staff sportif pour échanger, partager avec eux mon ressenti sur les coureurs, échanger des informations sur d’éventuels problèmes médicaux, dans le respect bien sûr du secret médical.

Dès leur réveil et avant de se rendre au petit déjeuner les coureurs passent dans ma chambre pour se peser, j’en profite pour vérifier de temps en temps le % de masse grasse (pince à plis cutanés) ; je considère que la surveillance du poids et de la masse grasse sur un grand Tour est un élément important mais il ne faut pas entretenir une fixation sur ces paramètres ; bien plus importante est la notion des sensations que le coureur recueille ; le coureur pro se connaît, il sait s’il est trop sec ou s’il doit être plus vigilant sur sa nutrition ; et d’un jour à l’autre, en fonction des échanges d’eau et de minéraux le poids comme la masse grasse peuvent varier.

Il est assez fréquent qu’il y ait un contrôle sanguin et/ou urinaire diligenté par une Instance de contrôle, nationale ou internationale ; je reste présent pendant ce contrôle.

Les coureurs vont déjeuner.

Entre la fin du petit déjeuner et le départ de l’hôtel je dispose en général d’une bonne heure pour faire le tour des chambres, faire le point sur les éventuels problèmes médicaux.

On quitte l’hôtel, le bus se rend sur les lieux du départ où on arrive une heure et demi avant le départ ; je suis avec les coureurs dans le bus, disponible jusqu’au départ, ce qui ne m’empêche pas d’aller faire un tour vite fait au « village départ » où je prends plaisir à échanger avec des confrères d’autres équipes, ou les médecins de la société du Tour, ou .

Dès le départ donné le bus se rend à l’arrivée, avec un trajet de 2 à 4-5 heures en général ; je suis dans le bus, je gère mes mails, mes dossiers ; ce qui n’exclue pas une petite sieste !

Pendant la course je suis en contact avec le staff sportif qui est dans les voitures de course ; surtout en cas de chute …

Sur les lieux de l’arrivée il reste 1 à 3 heures avant le final.

Dès l’arrivée les coureurs font du home trainer pendant 15 minutes ; s’il a fait très chaud sur l’étape je leur distribue des gilets réfrigérants (5 poches de glace : sur le thorax dans le dos, sur la poitrine, et sur la nuque)

Puis ils prennent la douche.

Puis …. si besoin je fais les pansements … A propos de chutes sur le Tour de France, la Société du Tour met à disposition après la ligne d’arrivée un camion médicalisé qui permet de réaliser des radios, échos, et … des sutures; ce qui évite au médecin d’équipe de se rendre avec son coureur aux urgences d’un hôpital et d’y rester une partie de la soirée voire de la nuit; vraiment bien.

Les 5 coureurs qui sont massés en N°1 se rendent à l’hôtel en voiture (pour gagner du temps) ; les 4 coureurs massés en N°2 restent dans le bus ; pendant le transfert à l’hôtel je gère un entretien médical, des soins éventuels, et je mets en place une cryothérapie au niveau des jambes : des bottes dans lesquelles circulent de l’eau à 1 degré, associé à une pressothérapie alternative. La récupération nutritionnelle est assurée : boissons de récupération, collation (pâtes ou riz ou pommes de terre ou semoule de maïs)

Arrivé à l’hôtel j’attends la fin du massage des 5 coureurs qui sont rentrés en voiture pour un tour des chambres et la cryothérapie ; je ne passe jamais dans les chambres pendant le massage, je considère qu’il s’agit d’un moment privilégié que passe le coureur avec son masseur, pendant une heure: un espace de repos privilégié, que je ne dois pas interrompre.

Sur le Tour 2 kinésithérapeutes sont présentes, dont une ostéopathe, pour des soins adaptés si besoin.

Je partage ensuite le dîner avec les coureurs, mais je ne mange pas à leur table ; c’est un moment convivial qu’ils partagent, avec des discussions qui ne me concernent pas. Ce repas est le moment de la journée pendant lequel ils peuvent échanger, souvent l’ambiance est à la franche rigolade et c’est très bien.

Je remonte dans ma chambre, en même temps que les coureurs ; éventuellement je fais un tour des chambres, pour les coureurs dont l’état de santé justifie un dernier point : pansements, tendinopathie, infection ORL, etc.

Puis je reste dans ma chambre, les coureurs savent que ma chambre reste ouverte, dans la soirée et la nuit ; s’ils ont le moindre problème, ou si simplement ils veulent discuter, ils savent que la porte est ouverte.

Pour ma part j’attends d’être certain que tous les coureurs sont endormis avant de me coucher, après avoir pris connaissance des mails de la soirée ; car je reste en contact avec les coureurs de l’équipe qui ne sont pas sur le Tour, et en contact avec ma patientèle.

Voilà, c’était la journée du doc ! Je suis conscient que je vis une expérience enrichissante, au contact avec le terrain, au contact avec les joies et les coups de moins bien des coursiers : on partage leurs émotions, en gardant toutefois de la distance ; en particulier pas question pour moi de me laisser imprégner par le stress de la course, les « flonflons » et l’ambiance du Tour, je suis là pour faire un job, avec des coureurs à qui j’offre une écoute et un suivi médicosportif.

Egalement vous trouverez sur ce site des séances de sophrologie à télécharger, pour le travail du mental du sportif, en particulier du cycliste.

Jean-Jacques Menuet

En direct du Tour de France, le doc de SOJASUN précise des conseils de terrain pour lutter contre la chaleur; sport chaleur été et déshydratation danger

–site de conseils en médecine du sport: http://www.medecinedusportconseils.com/

–site sur lequel peuvent être téléchargées des séances de sophrologie adaptées au sport: http://www.seance-sophrologie.com/ 

 

6ème étape, nos coureurs ont dans les pattes et le mental un tonus encore très satisfaisant; sur chaque étape ils marquent la course; aujourd’hui Cyril offre à nouveau SOJASUN une belle place de 11 au sprint. Au classement par équipes SOJASUN est en milieu de tableau; surtout nous sommes épargnés par les chutes graves. Il a fait chaud, jusqu’à 34° sur cette étape. Du coup j’en profite pour vous livrer des conseils pratiques de TERRAIN:

La déshydratation est un des principaux facteurs responsables de la contre-performance, pouvant même altérer la santé du sportif. Les « sociétés savantes » médicales considèrent même qu’à partir de 30° l’activité sportive représente une contrindication médicale. Nos coureurs sont des sportifs de haut niveau, le Tour de France a lieu en Juillet (pas à Noël!) donc bien sûr que les conditions climatiques parfois extrêmes font partie de la compétition et imposent la mise en place d’une stratégie adaptée… Continue reading

JUS DE BETTERAVE ROUGE ET SPORT

UNE BOISSON « SANTE » qui présente un véritable intérêt chez le SPORTIF …….

Mon expérience de terrain, corroborée par la lecture de plusieurs études scientifiques, m’amène à considérer l’intérêt de cette boisson dans le sport et plus particulièrement dans les sports d’endurance, dont le cyclisme sur route. Egalement cette boisson aurait un effet pour booster la mémoire !

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-> -> C Y C L I S M E : rappel de TOUS les articles déja parus sur ce site: médecine du sport, nutrition, sophrologie

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Amis cyclistes,  

Je reprends dans cet article les « documents spécifiques vélo » que j’ai déjà rédigés: médecine, nutrition, sophrologie 

Et je liste par ordre alphabétique TOUS les articles parus sur ce site, avec de nombreux documents sur le sommeil, comment perdre du poids, comment perdre du gras, l’alimentation équilibrée du sportif, le sommeil, la récupération, les chaussettes de contention, le retour veineux, les allergies, comment soigner une ampoule (aux pieds !!), les conduites à tenir par fortes chaleurs et avec la canicule, l’asthme chez le sportif, etc etc etc ; bref plus de 150 articles déja rédigés et franchement vous trouverez dans un ou plusieurs de ces articles des réponses de TERRAIN; tous mes conseils sont criticables, mais peut-être trouverez vous quelques idées à tester.

SURTOUT vous n’hésitez pas à me soumettre des articles dont je programmerai la rédaction. 

MERCI à tous pour votre fidélité, vous savez à quel point nous partageons la même passion de ce sport qui mérite le respect de tous. Continue reading

ESSENTIEL +++ Le travail hivernal en aérobie : quelques explications; et conséquences sur le terrain

Je ne suis bien évidemment pas entraîneur, mais il importe de connaitre les bases physiologiques de l’entraînement en endurance, puis d’en déduire les applications sur le terrain. Et bien sûr seuls vos entraîneurs, vos coachs, vos préparateurs physiques sont à vos côtés pour vous concocter un entraînement d’endurance adapté.

A QUI S’ADRESSE CET ARTICLE ?? à TOUS les sportifs : sports d’endurance bien sûr (coureurs à pied, cyclistes) mais AUSSI à tous les autres sports quelles que soient les filières énergétiques c’est à dire même dans les disciplines de courte durée, les sprints, les sports co, la boxe, le tennis, etc. etc. Continue reading

Course cycliste, gestion mental-stress, la demi-heure qui précède le départ, 2ème exercice qui ne peut en aucun cas être réalisé si la séance N°1 n’a jamais été travaillée

Deuxième exercice « simplifié » qui est à utiliser dans la voiture dès que tu es arrivé sur les lieux du départ de la course  (et bien sûr CERTAINEMENT PAS PENDANT QUE TU CONDUIS, on est bien d’accord) ou bien pendant que tu « roules tranquille » pour dégourdir les pattes avant  le départ, avec un lecteur et les oreillettes, ou à un moment propice qui précède le départ ; cet exercice ne dure que 5 minutes, il est à effectuer après avoir pris une gorgée de ta « boisson d’attente » Donc il faut d’abord que tu aies réalisé à plusieurs reprises l’exercice N°1 qui est inséré dans l’article « Course cycliste : optimiser le mental et gérer le stress »

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