CYCLISME: conseils, traumatologie, nutrition, récupération, prévention, etc

Je reprends un document édité par la Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique il y a quelques années dans lequel  je réponds à des questions de TERRAIN.

Cyclisme – Tour de France : sur le terrain depuis 15 ans, le Dr Jean-Jacques Menuet, médecin du sport, médecin nutritionniste après son expérience des Jeux d’Atlanta, déploie un savoir-faire essentiellement axé sur la prévention. Vivant au rythme des sportifs à qui il prodigue conseils et soins, il entame à sa façon une course contre la montre pour qu’ils abordent le tour dans les meilleures conditions physiques possibles. Au programme : entraînement, réglages minutieux du vélo, conseils nutritionnels et apprentissage de la récupération après l’effort…  

Le tandem homme / vélo qui caractérise la course cycliste a-t-il réellement bénéficié de la sophistication du matériel et d’une meilleure perception des contraintes exercées sur l’homme ?


Depuis l’introduction de vélos plus légers et plus rigides, on observe moins de déformations au niveau de l’amortissement du rachis lombaire. Toutefois, les contraintes physiologiques exercées sur les muscles et les tendons sont plus importantes que par le passé. Ainsi, la légèreté des vélos récents amoindrit les capacités d’adhérence sur la route.

On note un pédalage plus fluide depuis l’introduction des pédales automatiques qui permettent au pied d’être solidaire de la pédale mais il faut pousser davantage sur le quadriceps et les ischio-jambiers.

L’amélioration de la qualité des pneus, effective depuis la disparition des boyaux, participe à l’effort entrepris pour mieux s’adapter à tous les revêtements de sol tout autant qu’aux conditions climatiques.

Aucune partie du vélo n’est oubliée, la qualité de la selle est particulièrement contrôlée de même que celle des semelles en carbone ou des gants afin d’offrir un amortissement suffisant pour réduire les vibrations occasionnées par certaines courses sur des secteurs pavés. Les Belges, compte tenu de leur circuit comprenant une forte densité de secteurs pavés, ont été les premiers à s’intéresser à cet aspect en imaginant une mousse épaisse destinée à protéger le poignet des motards ou des cyclistes.

Le poids du vélo a été singulièrement réduit, le moindre gramme gagné sur le matériel étant particulièrement appréciable dans une course de montée.

Que doit-on privilégier pour juger de la bonne adéquation homme machine ?


L’examen morphologique approfondi du pied, de la jambe, de la rotule et du bassin réalisé par un spécialiste est une étape indispensable pour vérifier la symétrie musculaire et pour éliminer un trouble statique ou dynamique qui compromettrait l’exploit sportif et générerait des tendinopathies. En effet, la moindre inégalité entre les deux membres inférieurs ou des anomalies au niveau du bassin peuvent accentuer un syndrome rotulien pouvant  nécessiter que l’on dispose une pièce de 1 à 5 mm entre la jambe et la chaussure par exemple.

On peut également être amené à conseiller une musculation sélective pour équilibrer la masse musculaire.

Cet examen clinique s’enrichit d’un interrogatoire car il est important de déterminer avec précision la position du coureur sur son vélo. On sait qu’une selle trop basse sollicite davantage le genou, qu’une position trop à l’arrière malmène les ischio-jambiers.

L’examen dentaire est de rigueur et le bilan ORL systématique à l’intersaison pour éliminer une pathologie sinusienne, source d’ennuis infectieux, tendineux et de perturbations des gestes psychomoteurs comme on le remarque avec les occlusions de dents de sagesse.

On surveille évidemment les vaccinations et en renforçant les défenses de l’organisme on s’efforce de combattre certains états de fatigue retentissant également sur le statut tendineux.

Hyperventilation et allergies


Traquer les allergies en recourant à des tests cutanés et s’informer sur le calendrier pollinique des régions traversées par le Tour de France relève de notre  compétence pour mettre en place une stratégie adaptée.

La recrudescence de l’asthme chez plus de 30 % des coureurs a incité la Fédération Française de Cyclisme à mettre en place un cadre obligatoire pour le diagnostic de l’asthme, à la demande des médecins affiliés. Le test à la Métacholine atteste de la réalité d’un bronchospasme à l’effort plus répandu qu’il n’y paraît puisqu’il concerne 50 % des coureurs professionnels et 8 % des cyclotouristes en raison de l’effort d’endurance extrême accompli. On observe également cette recrudescence de l’asthme chez les marathoniens et les sportifs pratiquant le triathlon ou tout autre sport d’endurance.

Un spiromètre portable permet de détecter les états de détresse respiratoire et de spasme pendant l’effort et après l’effort. Au sommet de celui-ci, la ventilation est multipliée par 20. Les polluants (pollens, vapeurs d’essence, radicaux libres particulièrement agressifs sur les bronches) agressent le système respiratoire libérant les neuromédiateurs de l’inflammation, ce qui contribue à l’épaississement de la bronche. On instaure alors un traitement préventif quotidien à base de bêta mimétiques à action prolongée, administrés par voie inhalée.

Les risques cardiaques sont-ils majorés par rapport au reste de la population ?


Le risque cardiaque n’est pas supérieur à la population générale parmi les coureurs par ailleurs constamment surveillés. Il existe davantage chez le sportif de loisir qui sait moins évaluer ses limites et a fortiori chez le sujet  qui ne se sait pas coronarien ou chez celui qui cumule plusieurs facteurs de risque.

Chez le coureur de compétition, le bilan préventif obligatoire à l’intersaison renseigne sur la fonction cardiaque. Régulièrement, la mesure de la fréquence cardiaque, le débit étant multiplié par 5 ou 6 pendant l’effort, de la tension artérielle vient compléter le test à l’effort pratiqué y compris lors de phases de récupération qui correspondent au moment où le coureur est le plus fragile. Il est alors plus exposé aux tachycardies ventriculaires.

Comment améliorez-vous le retour veineux ?


On s’attache à mettre en place une stratégie préventive de l’insuffisance veineuse en prescrivant des phlébotoniques, le port de chaussures adaptées, parfois même des semelles orthopédiques pour compenser une inégalité des membres inférieurs. On recommande la surélévation des jambes en phase de récupération, on pratique des massages musculaires et des drainages lymphatiques. Ceci permet de combattre l’élévation de pression, rançon de ce type d’exercice, le débit cardiaque étant multiplié par 5 ou 6.

Pour optimiser les résultats quel programme nutritionnel préconisez-vous ?


Nous développons tout au long de l’année un programme nutritionnel personnalisé en fonction de chaque coureur, de son poids mais notamment de sa masse grasse tout en surveillant attentivement son niveau d’hydratation. De l’ordre de 500 à 700 ml d’eau par heure par temps froid, les besoins en eau atteignent 6 à 8 litres par étape par grosse chaleur.

Trois temps dominent et découpent ces recommandations : avant l’effort, pendant l’effort et après l’effort.

Le contrôle du poids passe avant tout par la réduction de la masse grasse.

Il n’est pas rare qu’elle passe de 6 à 7 % en début de parcours à 4 à 6 % à la fin du Tour, l’important étant de reconstituer immédiatement après chaque étape les réserves glucidiques et protidiques des coureurs.

Dans un souci de prévention, l’alimentation se veut diversifiée, riche en sucres lents avant l’effort, prévoit des apports protidiques choisis en raison de leur faible pourcentage de graisse, le rajout de carburant pendant la course, d’eau et d’oligo-éléments.

On se montre encore plus rigoureux lorsqu’il s’agit d’un cycliste chevronné d’âge mûr, parfois plus relâché sur le plan nutritionnel. Pour contrebalancer l’acide urique fréquemment produit, il faut être vigilant sur les étirements.

Au stade de la récupération, il importe d’apporter à l’organisme les réserves dont il disposait avant l’effort  sportif dévoreur d’eau, de minéraux, d’oligo-éléments, d’acides aminés, de glucides. Ceci s’effectue dans un cadre nutritionnel très précis en collaboration avec un Service de Physiologie hospitalier.

Comment gérez-vous le stress des coureurs ?


Entre les mains expertes de leur kiné, les coureurs récupèrent de leur fatigue musculaire et veinolymphatique. Bénéfique sur le stress, le massage favorise le sommeil. La qualité du sommeil est préférée à la quantité et toutes les mesures sont prises pour les protéger du bruit lorsqu’ils sont installés dans leurs hôtels.

La qualité de la récupération est à ce prix.

Existe-t-il des incompatibilités sportives à la pratique du cyclisme ?


Pendant la période hivernale, le sportif peut pratiquer le roller. Le footing sur terrain instable est déconseillé car le genou perd ses repères et s’expose au syndrome de l’essuie-glace. Il faut éviter le froid, facteur de tendinites.

En revanche, la natation et notamment le dos crawlé est bénéfique en développant la cage thoracique et le potentiel respiratoire

Comment entraînez-vous vos coureurs à mieux aborder les moments  réputés critiques tels que les sprints, ou les descentes de col ?


Aborder un sprint suppose une prise de risque psychologique. Les sprinters ont un mental particulier.

Les entrées à 60 coureurs sur des secteurs pavés posent essentiellement un problème de sécurité et réclament souvent les soins des urgentistes.

Les descentes de col représentent également des moments critiques en raison de la vitesse des voitures qui les accompagnent en roulant à 110 ou 120 kms heure.

Pour toutes ces raisons, le port du casque imposé sur toutes les courses, dans tous les pays par l’UCI représente une mesure de sécurité légitime.

Le choix de casques clairs plutôt que noirs convient mieux aux périodes de grosse chaleur. Les coureurs sont autorisés à le retirer lors des 5 derniers kilomètres d’ascension d’un col.

On discute également du bien-fondé de l’oreillette qui présente les mêmes inconvénients que le téléphone portable et de la possibilité d’équiper seulement 2 coureurs pourvu qu’ils retransmettent les informations délivrées par le Directeur sportif de façon concise. Il peut s’agir de la présence d’une flaque d’huile sur le parcours ou de tout autre obstacle compromettant l’étape.

7 Comments CYCLISME: conseils, traumatologie, nutrition, récupération, prévention, etc

  1. Arthur

    Bonjour. J’ai 16 Ans je fais du VTT en club et compétition ( pas de coach particulier). Sorties avec le club entre 30 et 60 km avec pas mal de déniveler (de 700 à 1000 mètres). Je rencontre un soucis pourriez vous me conseiller ? J’espère être dans la bonne rubrique car je n’ai pas vu de post à ce sujet. En compétition, Sans être au bout de mes forces, ne me sentant pas épuiser et même plus tôt bien, lors d’efforts, j’ai été obligé de faire des abandons à cause de crampes dans les mollets qui se propagent dans les cuisses. La veille je dîne des pâtes et viande blanche. Je bois durant l’épreuve 2 gorgées environ toutes les 10 minutes ( isostar). Je prend actuellement un traitement de gélule pour 2 mois de magnésium marin. Que me conseillez vous ? Comment remédier à ces crampes ? Merci d avance de votre réponse

  2. Jean Jacques Menuet

    ok bjr; difficile de te répondre, les crampes peuvent avoir de très nombreuses origines et ce qui compte c d’en trouver la cause plutôt que de donner qqc contre les crampes; il faut un interrogatoire ciblé, un examen clinique, éventuelt un bilan sguin, etc, c complexe; dans un 1er tps tu peux essayer de prendre 5 granules d’Arnica 5CH et 5 granules de Cuprum 5CH 15 mns avt le départ; ça se laisse fondre sous la langue; ce sont deux produits homéopathiques; tu achètes un tube de chaque en pharmacie; ou sinon tu prends un rdv de consultation ! (à St Malo!); cdlt, jjM

  3. Arthur

    mMerci beaucoup pour votre réponse. j’adorerais pouvoir prendre rendez-vous avec vous mais j’habite dans le val d’Oise (95) !…. j’ai pris un rdv avec un généraliste « médecine sportive » et je n’ai eu aucun conseil si ce n’est que de m’entendre dire que je dois trop forcer, que je devrais avoir un appareil cardio sur moi, et qu’il en a marre des gens qui n’écoute rien et force trop, il ne donne donc plus de conseil que je dois voir avec mon club que c’est leur boulot !…. très déçu donc car si j’avais fait la démarche de consulter c’était pour avoir des conseils !!!! je vous remercie donc beaucoup d’avoir pris, vous, la peine de m’écouter et d’en plus avoir pris le temps de me répondre pour me donner des conseils. Je vais sans doute lors d’une prochaine visite chez mon médecin traitant lui demander à lui des conseils en lui parlant de mon entretien avec vous et de vos conseils. Encore merci à vous et toutes ces discussion précieuses que je lis régulièrement. Arthur

  4. Vincent BRIZION

    Bonsoir,

    Vous évoquez la récupération qui passe par le sommeil, etc.., cela reste bien entendu primordial, mais que pensez vous de la récupération active ?

    Pensez vous qu’il est bien venu d’effectuer une sortie à vélo à allure modérée en « moulinant » le lendemain de compétition au lieu d’être au repos complet ?
    (je pratique le cyclisme sur route en compétition et j’ai pour habitude de faire 20-30kms le lendemain alors que la plupart de mes coéquipiers préfèrent être au repos complet)

    Merci d’avance, bonne semaine.

  5. Jean Jacques Menuet

    bjr; oui bien sûr la récup active a tte sa place; dès l’arrêt d ela course (roulotter 15 mns ou HT) et le lendemain: sortie tranquille en tournant les pattes; et même pourquoi pas une heure de natation; cdlt, jjM

  6. valentin

    Bonsoir,
    Au sujet des bas de contentions, est ce que le fait de les porter  »trop » fréquemment : après chaque séances ou compétitions peut provoquer une moins bonne récupération lorsque que l’on ne porte plus les chaussettes. Du fait que les corps s’habitue trop à ce mode de récupération ?
    merci à vous

  7. Jean Jacques Menuet

    ok; je ne suis pas un spécialiste de la phlébologie, mais je ne pense pas que ça puisse provoquer les conséquences que vous évoquez; ensuite, pour ce type de conseils on est ds la cas par cas, il faut voir avec votre doc si l’indication du port de cho7 doit vrauiment être posée; cdlt, jjM

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *