« mais c’est quoi tous ces coureurs qui prennent de la ventoline  ? »   tous dopés ???

Chronique N°4/21  Tour de France 2018 jjdok médecin référent équipe « Fortunéo-Samsic » :

Pendant les 3 semaines de course sur ce Tour de France 2018 je rédige chaque jour une chronique médicale, avec des thèmes variés mais qui concernent le terrain : la nutrition, les bobos du cycliste, le dopage, la santé, l’hygiène de vie, etc. parfois le trait est caustique, juste pour vous réveiller ? En quelque sorte je vous fais partager mon expérience, qui s’est construite au fil du temps grâce avant tout au coureur avec qui j’ai toujours engagé une relation de respect, d’écoute, pour un travail interactif ; une relation médicale est, comme toute relation, le résultat d’une rencontre où chacun vient vers l’autre.

« mais c’est quoi tous ces coureurs qui prennent de la ventoline  ? »   tous dopés ???

Chroniques précédentes :

Et donc aujourd’hui : « VENTOLINE : tous dopés ??? »

Alors déjà, ceux qui n’aiment pas le sport et encore moins le cyclisme, arrêtez tout de suite la lecture de cet article ; je sais que je n’arriverai pas à vous convaincre ; je n’engage cette discussion qu’avec ceux qui veulent comprendre ; je vais parler médecine, avec une réflexion qui repose sur des bases prouvées par de nombreuses études ; oui la période du Tour de France voit fleurir de nombreux articles, de nombreux titres accrocheurs, de nombreuses « éminentes personnes autorisées à émettre des avis » s’autorisent à exister pendant cette période oh combien médiatisée, l’occasion rêvée de (re)faire parler de soi; de plus la cohabitation estivale 2018 foot/cyclisme est un moment propice pour casser un sport et porter aux nues un autre sport. Bref que ceux qui connaissent la médecine exposent un avis ok, que les autres qui n’ont que l’envie de casser un sport se taisent.

On y va ? :

–L’asthme d’effort c’est quoi : ce sont les bronches qui s’enflamment pendant l’effort ; parce que pendant l’effort le coureur respire 30 à 40 fois plus d’air que quand il est au repos ; donc il capte 30 à 40 fois plus de pollens, microparticules, fumées, poussière etc. La bronche réagit, elle s’enflamme, sécrète, et son calibre diminue ; moins d’oxygène parvient aux muscles qui travaillent.

–TOUTES les études attestent que 50% environ des sportifs d’endurance présentent un asthme d’effort ; ceci peut être attesté par un simple examen : la spirométrie, qui prend toute sa valeur quand elle est réalisée avant et après l’effort.

–Alors on fait quoi ?

  • Le sportif n’a pas le droit de se soigner ?
  • Ou alors on réfléchit et on propose un traitement adapté : oui de la Ventoline ou équivalent (le Salbutamol) qui va dilater les bronches. Des exercices pour assouplir et optimiser le travail du diaphragme et des muscles respiratoires accessoires. Des conseils de bon sens : échauffement avant l’effort, récupération après l’effort ; prise en charge des allergies (il est démontré que 80% des sportifs qui ont une allergie présentent ou présenteront un asthme d’effort)

–Mais la Ventoline c’est dopant ?

  • OUI !!!!! si on prend des doses supérieures à ce qui est nécessaire pour soigner un asthme d’effort ; parmi les effets « bénéfiques » en premier lieu le sportif recherche l’action anabolisante c’est à dire l’entretien de la masse musculaire.

 

  • NON !!!! si le sportif (et son médecin …) respecte une éthique c’est à dire s’il prend une dose adaptée : 2 bouffées 1/2h avant le départ ; si besoin une bouffée pendant l’effort si la durée de l’effort dépasse 4 heures ; 1 bouffée à l’arrivée pour éviter la crise d’asthme (fréquente) qui survient à l’arrêt brutal de l’effort. Des études attestent que la prise de Salbutamol à doses thérapeutiques n’augmente pas la performance ; un sportif non asthmatique qui prendrait une dose « éthique » de salbutamol ne va pas mieux respirer pendant l’effort.

Voilà, la discussion médicale est terminée, je n’ai rien à ajouter ; je sais que je n’ai pas convaincu ceux qui n’ont pas envie d’être convaincus ; ça ne me dérange pas. Je ne participerai pas à la réflexion qui agite le « milieu » et certains médias sur le cas d’un coureur qui aurait dépassé les doses usuelles ; c’est son problème et c’est le problème de ses médecins ; je ne connais pas le dossier, moi je m’occupe de moi, de « mes » coureurs ; c’est aussi le problème des Instances qui gèrent la lutte anti-dopage. Juste j’espère que les coureurs (et les médecins) qui respectent une éthique médicale et sportive ne se font pas « b l g » (je ne traduis pas …)

Avant de terminer je ne peux pas m’empêcher d’adresser juste un ptit clin d’œil à mes compatriotes : le français n’aime pas le vilain étranger qui gagne, mais encense les français qui gagnent, parfois quel que soit l’historique de ces prouesses … amnésie quand tu nous tiens ….

Demain je vais développer le rôle essentiel du sommeil sur la performance et sur la santé.

Bonne journée à tous, et merci pour votre confiance sur ce site de conseils de terrain qui réunit chaque jour 4000 à 7000 fidèles lecteurs.

J’« alimente » régulièrement ce site de conseils en médecine du sport et en nutrition du sport ; également mon webmaster gère un site de séances de sophrologie du sport sur lequel je poste des enregistrements de terrain qui s’adressent à tous les sportifs, avec des séances spécifiques pour le cycliste, le joueur de tennis, le joueur de foot, etc. etc. . Ce site : https://www.seance-sophrologie.com/

 

affaire froome dopage corticoides solupred uci ama ? impossible

19-06-2014  : par honnêteté intellectuelle je me dois d’apporter aujourd’hui cette information postérieure à la rédaction initiale de cet article : tant l’UCI que l’AMA ont communiqué très récemment pour exposer clairement que le dossier que j’expose ci-dessous a été géré conformément à la notion d’AUT  (Autorisation d’Usage Thérapeutique) Dont acte; toutefois je m’interroge sur ce dossier, en le comparant aux situations connues de tous où par exemple lors d’une course un coureur est piqué par une guêpe mais doit abandonner la course car la règlementation interdit l’administration de corticoïdes autres que sous forme locale; donc ??? mais bon; cette affaire semblant réglée, pas question d’entretenir une polémique qui ne peut qu’empoisonner le climat délétère habituel, à un moment où « l’horizon se dégage » Continue reading

Christopher FROOME est-il dopé ?

–site de conseils en médecine du sport: http://www.medecinedusportconseils.com/

–site sur lequel peuvent être téléchargées des séances de sophrologie adaptées au sport: http://www.seance-sophrologie.com/ 

Il s’agit d’une réflexion que j’avais mise en ligne sur le Tour de France 2013 à l’issue de l’exploit de Christopher Froome dans l’ascension du Mont Ventoux. Aujourd’hui, au lendemain de la victoire de ce même coureur sur la 10ème étape du Tour de France 2015, ma réflexion est identique.

Christopher FROOME est-il dopé ? En France le cyclisme cristallise la suspicion ; qui imaginerait qu’un journaliste pose la question au vainqueur de Roland-Garros de savoir s’il a pris des produits dopants pour gagner ? Même s’il a gagné le tournoi 7 années de suite ?

Qui peut se permettre d’accuser sans preuves ? ce serait de la diffamation, point. A ce jour qui peut apporter des éléments crédibles irréfutables et incontestables qui démontreraient la certitude d’un dopage ?

Toutefois les séismes à répétition qui se sont abattus sur le cyclisme justifient que la question se pose. Je n’ai pas de réponse, je ne suis pas le médecin des SKY, je ne peux que souhaiter que ce coureur soit l’auteur d’une performance exceptionnelle comme l’image de son accélération fulgurante sur le mont Ventoux. (ceci c’était en 2013; sur ce Tour 2015 certains se posent la « question » sur le final de la Pierre-Saint-Martin)

Si dans quelques années l’analyse des prélèvements biologiques actuels apportait la preuve d’un dopage (le problème est qu’il faut attendre 10 ans …), le cyclisme perdrait définitivement toute crédibilité, si tant est que ce sport est encore crédible aux yeux du public convaincu que tous les cyclistes sont dopés. Les dégâts sont faits, l’équation cyclisme = dopage est ancrée dans la tête des gens.

Le manager de l’équipe SKY propose de divulguer auprès d’experts de l’AMA et de l’Agence anti dopage nationale anglaise le dossier de ce coureur, sous couvert d’une confidentialité respectée : la cadence de pédalage, la VO2Max, les relevés de puissance, les protocoles d’entraînements, les données biologiques : « tous les chiffres seraient mis sur la table » Pourquoi pas. Attendons peut-être que ces données soient divulguées, que des avis d’experts soient émis. Ce même manager serait également partisan que soient divulgués avant le départ du Tour tous les « AUT » (= Autorisations à Usage Thérapeutique) qui permettent à certains coureurs de bénéficier de traitements.

La justification des performances exceptionnelles de Chris FROOME est structurée autour d’une communication sur un professionnalisme extrême de cette équipe, des entraînements très durs, un encadrement très spécialisé, des stages en altitude, etc. ; pourquoi pas quand on constate la performance du cyclisme sur piste en Grande Bretagne depuis quelques années : la piste anglaise domine cette discipline, de très loin. Les entraînements sur pistes sont beaucoup plus calibrés, millimétrés, les staffs regroupent de nombreux spécialistes : physiologie, nutrition, psychologie etc.

J’ai envie de croire à ces performances, j’ai envie de croire que des méthodes d’entraînements extra-ordinaires génèrent des performances extra-ordinaires chez des sportifs au mental extra-ordinaire ; ma conception de la performance est en phase avec cette réflexion : associer les nombreux outils qui optimisent la capacité qu’à un sportif d’atteindre le maximum de son potentiel ; je précise bien sûr:  dans le respect d’une éthique sportive et médicale. Les sanctions prévues par le Code de l’AMA 2015 seront plus sévères (mise à jour aujourd’hui le 15-7-2015: effectivement le Code anti-dopage a progressé), le consensus mondial semble cohérent ; je demeure toutefois persuadé, et l’actualité des autres sports l’a encore montré ces derniers jours, que le dopage est inhérent au sport, que si les couvercles de l’hypocrisie qui recouvrent les autres sports se soulevaient, de nombreux sports seraient sonnés; je reste persuadé que certains sports resteront « protégés ».

Le public ne doit pas suivre les roues de la pensée unique et du dogme « tous pourris » car derrière le sport spectacle de TRES nombreux sportifs amateurs ou professionnels ont fait le choix d’un épanouissement personnel dans leur milieu, ces sportifs sont honnêtes, ils se battent avec leurs outils ; aujourd’hui on peut gagner une étape sur un Tour de France si on a la classe, un gros mental, la chance.

Que pensent les coureurs de mon équipe : et bien ils n’en parlent pas tant que ça, comme s’il y avait deux courses : celle des « costauds », et la leur ; car si je n’ai pas d’éléments pour argumenter sur l’honnêteté de certaines équipes, j’en ai pour défendre mes gars et leur éthique car au quotidien je perçois leur combat, leur souffrance, leur générosité ; je partage leur suivi médicosportif physiologique et biologique avec d’autres spécialistes et je n’imagine pas que je puisse me « faire avoir » par l’un d’entre eux qui dériverait ; j’ai aussi besoin d’avoir confiance en eux, car sans cette confiance je ne pourrais pas travailler avec sérénité.

Egalement vous trouverez sur ce site des séances de sophrologie à télécharger, pour le travail du mental du sportif, en particulier du cycliste.