Le « tennis elbow », l’épicondylite: tennis mais aussi autres sports et activités

Il s’agit d’une pathologie assez particulière  dans la mesure où la stratégie consiste à rechercher avec ténacité la cause de la douleur, puis de mettre en place une prise en charge non médicamenteuse pour participer à la guérison de cette tendinopathie, à côté bien sûr du traitement médical.

Comme dans toute pathologie sportive le gros souci est que le sportif consulte souvent trop tard, et qu’il n’est trop souvent pas apte à se prendre en charge de façon autonome dès le début des symptômes ; la situation idéale serait que le sportif apprenne à recueillir ses sensations, à les analyser pour ensuite mettre en place les correctifs nécessaires ; en résumé : « j’ai mal ? pourquoi ? je dois diminuer mes charges d’entraînement ; je dois consulter assez vite mon médecin »

Cette pathologie ne concerne pas que le joueur de tennis

 

+++ +++ La description de la douleur :

c’est assez classique et souvent le joueur a déjà fait le diagnostic ; la douleur siège sur l’épicondyle (face latérale externe du coude), la palpation et la percussion sont douloureuses, la douleur est déclenchée par la mise en tension des muscles épicondyliens, par exemple : soulever du lourd, serrer une main, prendre une bouteille d’eau, visser avec un tournevis, utiliser une perceuse, essorer une serpillère, porter une valise, etc. Le joueur a mal surtout en revers, et surtout si le revers est à plat ou lifté. Au début le joueur a mal en fin d’entraînement ou de match, puis dès l’échauffement (« ne vous inquiétez pas Docteur car en jouant la douleur disparait » ! … ) c’est un piège car pendant un effort la température du muscle augmente, des neuromédiateurs antidouleurs sont libérés au niveau cérébral de même que des endorphines cérébrales qui masquent la douleur ; ensuite le joueur a mal en dehors des entraînements, et voire même la nuit (ce qui évoque alors une compression du nerf radial) Toujours rechercher une douleur contracture ou raideur cervicale car dans certaines épicondylites il existe une composante cervicale qui devra être prise en compte.

+++ +++ Venons-en au plus intéressant :

Il faut réfléchir au contexte sportif, aux circonstances de déclanchement, au choix de la raquette, des balles, du geste technique, des activités professionnelles ou de loisir éventuellement pratiquées. Je vais donc lister tout le « questionnaire » qui est la base de l’interrogatoire du sportif : s’il ne s’agit pas de tennis on va réfléchir à l’ergonomie du poste de travail, à l’économie gestuelle envisageable. Avant de foncer chez l’ostéo (mes patients savent ce que je pense du recours systématique et trop souvent exclusif chez l’ostéo ….; il y a 20 ans il n’y avait pas d’ostéos et les sportifs n’étaient pas plus blessés; peut-être se prenaient-ils mieux en charge …)

  • Reprise du tennis après une interruption ?
  • Stage, championnats, tournois de plage, augmentation brutale des charges d’entraînement, trop de compétitions.
  • Jouer en « heures supplémentaires » ? je m’explique : il faut qu’entre la fin de la journée de travail et l’arrivée au club se mette en place un espace mental de décontraction ; une journée de travail stressante, le joueur à « la bourre » pour se rendre au club, il arrive presque en retard, pas d’échauffement, « qui commence à servir » Voilà un contexte qui facilite la survenue d’une blessure.
  • Hydratation insuffisante : ce n’est pas 15 minutes avant l’entraînement qu’il faut commencer à boire, c’est dès le matin un petit peu par un petit peu. Puis pendant tout l’entraînement, puis après l’entraînement (le meilleur repère : les dernières urines de la journée doivent être très claires)
  • Le matériel : raquette trop lourde,  trop rigide, trop équilibrée en tête ; taille du grip non adaptée ; cordage synthétique trop tendu (mieux vaut un « vieux bon » boyau … mais c’est cher et un peu « rétro » !) ; 2 raquettes mais non équivalentes pour le cadre, la tension du cordage, l’équilibre de la raquette ; balles trop dures, balles « pelées », absence d’antivibrateur.
  • Le niveau de jeu : le joueur de haut niveau n’est pas concerné par cette pathologie ; alors que chez le joueur de moindre niveau on recherchera des éléments favorisants : un grand tamis avec des balles mal centrées, des coups «à l’arrache » (manque de fluidité), un mauvais placement, une technique hasardeuse, une préparation tardive du revers avec un geste « vite fait » comme si le joueur se débarrasse de la balle.
  • Pour ma part j’attache également de l’importance à 2 autres facteurs fréquemment rencontrés : le mental (si on est stressé mentalement les muscles sont stressés aussi), avec également la notion du « lâcher prise » comme si le coup part tout seul, fluide, non retenu, facile ; et la respiration : trop de sportifs respirent mal à l’effort : la préparation du coup doit se faire en inspiration, puis la détente en expiration fluide ; la plupart des sportifs devraient apprendre à nager le crawl, seule nage où le choix s’impose de bien respirer en harmonie avec le geste
  • Jouer régulièrement avec un partenaire « bourrin » qui « balance » des « pavés »

C’est pour cela que l’avis du coach, du professeur, du moniteur est important ; de même que vous devez vous présenter chez votre médecin avec votre raquette.

Autres activités , je l’ai évoqué, en dehors du tennis qui vont solliciter les muscles épicondyliens : il faut penser à poser la question au sportif : un déménagement récent, du jardinage (sécateur, taille d’arbustes, taille-haie, tondeuse, tronçonneuse), fendre du bois ; le bricolage (perceuse, visser, enduire un mur, etc. etc.), la pêche, etc. etc.  Les contraintes éventuelles professionnelles: répétition d’un geste, port de charges, changement de poste de travail, etc.

TOUJOURS rechercher une cause dentaire (infection, poussée de dent de sagesse, troubles de l’articulé dentaire), ORL (sinusite le plus souvent), ophtalmologique (troubles de la convergence)

+++ +++ Conduite à tenir :

L’examen clinique sera volontiers associé à la prescription d’une échographie du coude, éventuellement une radiographie du coude, une radiographie du rachis cervical si besoin ; ceci pour « mettre une étiquette » précise à la pathologie que présente le patient. Une IRM sera éventuellement envisagée.

Très régulièrement je formule une simple phrase à un sportif qui a mal : « le corps a inventé la douleur : je fais quelque chose qui fait mal = je ne dois pas le faire ; je fais quelque chose qui ne fait pas mal = je peux poursuivre l’activité » Cela paraît simpliste mais j’assure que si le sportif acceptait cette « maxime », et bien … les médecins du sport auraient moins de travail !

Le traitement sera prescrit par votre médecin en fonction des données qu’il a recueillies ;  anti-inflammatoire per os ; anti-inflammatoire local ASTUCE « perso » : je conseille, le soir avant  le coucher d’appliquer le gel ou la crème anti-inflammatoire, de masser un peu, d’appliquer ensuite une couche fine à ne pas masser, puis de recouvrir d’une épaisseur de Sopalin humide mais pas trempé, puis d’un film de cellophane, puis d’une bande ; conserver « l’emballage » la nuit ; retirer le matin ; toute la nuit le gel anti-inflammatoire aura ainsi quasi infiltré la zone douloureuse; glacer dans la journée à plusieurs reprises (ATTENTION toujours protéger d’un linge fin sinon risque de brûlure) ; attention aux réactions soleil/gel anti-inflammatoire, attention aussi à certaines allergies, et surtout bien rincer les mains après l’application ; l’argile vert (la nuit en cataplasme) me semble intéressante aussi ; Homéopathie comme l’Arnica 5CH 10 granules en une seule prise une fois par jour à distance d’un repas, pendant 10 jours ; décontracturant musculaire s’il existe une composante cervicale ; la mésothérapie peut donner de bons résultats ; le kiné est un acteur INDISPENSABLE (traitement local, apprentissage des étirements, parfois ondes de choc), il faut s’adresser à des kiné du sport qui si possible connaissent bien le sport concerné.

 ALERTE qui concerne toute prise en charge de micro ou macro traumatologie chez le sportif: le traitement doit être accompagné de repos sportif au niveau des articulations muscles et/ou tendons concernés car la douleur est un SIGNAL qu’il faut respecter et ne pas masquer, sinon on aggrave la pathologie, c’est clair et cela doit être expliqué. Ne pas céder à la pression du sportif !!

Ostéopathie surtout s’il existe une composante cervicale ; prendre en charge une cause dentaire (dent de sagesse, mauvaise occlusion dentaire, présence d’amalgames, carie), un trouble visuel (convergence), une cause ORL (sinusite souvent)

Et la « fameuse » INFILTRATION ? à titre personnel je la déconseille sauf quand le traitement classique n’a pas été bien mené, ou a échoué ; une infiltration c’est une injection de corticoïdes ; un corticoïde ça « grignote » un peu l’os, ça fragilise les tendons, le produit passe un peu dans le sang avec donc des effets sur l’organisme. Et puis  le corticoïde injecté passe également dans les urines donc lors d’un contrôle anti-dopage (qui je le rappelle peut avoir lieu à l’entraînement comme en compétition, et quelque soit la catégorie d’âge) le sportif sera déclaré positif et sera sanctionné car les corticoïdes figurent (et c’est très bien) dans la liste des produits interdits ; de plus la présence du corticoïde dans les urines peut durer jusqu’à 2 mois. Je rappelle qu’un contrôle anti-dopage peut avoir lieu à l’entraînement comme en compétition, et ce quelque soit la catégorie d’âge.

+++ +++ +++ Et enfin, on y arrive, la correction de tout ce qui a été listé lors de l’interrogatoire, à savoir : corriger le matériel, veiller à un bon échauffement, modifier le geste (prendre quelques cours), jouer un peu plus en double, revers slicé en passant bien sous la balle et en évitant le revers à plat et le revers lifté, meilleur placement, contourner le revers, raccourcir les échanges, apprendre des techniques de respiration, hydratation adaptée, étirements, ne pas associer plusieurs sports de raquette (squash, badminton) etc. etc., bref reprendre tout ce que le joueur nous aura livré comme éléments. Et bien sûr les conseils annexes : éviter de tondre ou alors mettre des gants, pas de VTT, limiter le bricolage, bref éviter de faire tout ce qui fait mal et ce sera déjà très bien.

Bref une pathologie complexe qui regroupe l’attention de plusieurs acteurs : le prof de tennis, le doc, le kiné, et … le vendeur de matériel de tennis ! Sinon ensuite ce sera trop tard, ce sera l’arrêt

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