chronique quotidienne du médecin de l’équipe cycliste Fortunéo-Vital Concept: LE MENTAL DU CYCLISTE

Le mental du cycliste sur un Tour de France

Présent en qualité de médecin d’équipe sur ce Tour de France 2016, je prends le temps de me livrer à un exercice difficile: aborder une réflexion sur le mental du sportif, le cycliste notamment.

Tout le monde convient qu’à potentiel physique égal le mental fera la différence ; évidence facile à énoncer, mais qui justifie qu’on mette en place une réflexion sur le rôle du mental dans la performance, chez le sportif de haut niveau, et notamment chez le cycliste professionnel sur un grand Tour.

Autre « cliché » largement communiqué par le sportif : « je me fais plaisir dans mon sport et je prends les objectifs un par un » ; là aussi facile à énoncer, mais on fait comment ?

Première facteur : il existe à l’évidence un potentiel génétique, complété par les apprentissages de l’enfance, les expériences rencontrées depuis le plus jeune âge, la réaction face aux échecs et aux réussites rencontrés. Sur ces acquis peuvent se greffer les résultats bénéfiques d’un travail spécifique.

Peut-on déjà définir une « liste » des paramètres d’un mental qui favorise la performance ? Mon expérience de terrain, et surtout celle des sportifs avec lesquels j’ai été ou je suis en contact, m’amène à essayer de lister ces paramètres :

  • Limiter le stress à la « dose » qui permet la performance ; car oui le stress est un moteur de la performance ; les neuromédiateurs produits par l’organisme sous l’effet du stress sont le principal « booster » de l’engagement physique physiologique et mental. Sauf que si la « dose » de stress est dépassée alors surviennent des phénomènes nuisibles à la performance : les jambes tremblent, le cœur bat plus vite, la respiration s’accélère, des petits vertiges peuvent apparaître, le taux de sucre dans le sang peut baisser (sous l’effet d’une sécrétion inappropriée d’insuline), des troubles digestifs apparaissent par exemple une diarrhée ou des spasmes, le geste technique se détériore (perte de la « fluidité » de la gestuelle), les capacités d’analyse tactique sont altérées, les réflexes diminués.
  • Etre en mesure de s’installer dans un espace mental qui isole de l’extérieur, dans une « bulle » au contact avec soi-même, mais en parfaite interactivité avec ce qui se passe autour, une parfaite perception des stimulis extérieurs ; par exemple le sprinter est installé dans sa bulle mais en même temps en quelques millièmes de seconde il réagit au moindre signe perçu par son champ visuel ; ceci de façon inconsciente grâce aux acquis enregistrés lors des dizaines ou centaines de sprints auxquels il s’est déjà livré.
  • Pouvoir gérer ses émotions, se « protéger », mettre un « écran » entre l’émotion et la réaction, conserver la maîtrise de l’émotion, la sérénité.
  • Être « plus fort que la douleur », capacités de surpassement. Le mental permet de surpasser le mal de jambes… Avoir mal mais ne pas souffrir (si on conçoit que la souffrance est l’interprétation de la douleur)
  • L’agressivité dans le bon sens du terme, pour « aller à la guerre », frotter, s’imposer.
  • Le « lâcher prise » : le corps fonctionne tout seul, comme par « magie », sans contrôle cérébral conscient : « plus je réfléchis au geste technique plus ce geste est perturbé » (exemple « je réfléchis au geste technique pour négocier un virage dans une descente »)
  • Avoir les capacités d’être « ici et ailleurs », par exemple de retrouver les images et les émotions d’un souvenir positif lorsque la douleur aux jambes s’intensifie.
  • Bien gérer et doser l’effort, savoir « tout donner » mais savoir aussi récupérer.
  • Etre en mesure de lire les aspects tactiques, de bien « sentir » la course, observer -> interpréter -> et faire le bon choix tactique ; par exemple dans une échappée comment respirent et pédalent les autres coureurs, quelle est la roue à suivre, etc. = « courir au millimètre »
  • Celui qui gagne n’est pas forcément le plus fort ; savoir « jouer » tactiquement, être « malin »
  • Avoir les capacités de se relever d’un échec ; vivre un échec comme une expérience dont on doit tirer des conclusions.
  • Accepter de gérer des périodes de méforme, des « coups de moins bien ».
  • Prendre conscience qu’il faut toujours progresser, ne pas se contenter des acquis d’un titre ou d’un statut.
  • Être en mesure de s’approprier les conseils des personnes avec qui on est en contact : un entraîneur, un préparateur physique, un kiné, un médecin, un nutritionniste, un ostéo, un mécano ; et savoir faire le tri pour prendre ce qui est bien pour soi ; chaque sportif est différent et doit savoir ressentir ce qui lui convient ; l’expérience des autres sportifs est intéressante à recueillir mais sa propre expérience, ce qui nous convient et ce qui ne nous convient pas importent beaucoup plus ; se constituer ses propres outils et « bagages » de la performance, grâce à l’expérience de ses propres expériences, de son ressenti.
  • Posséder les aptitudes à « profiter » de tout ce qui se passe autour de soi et qui est agréable, vivre en harmonie avec soi et avec les autres, avoir des capacités d’émerveillement, savoir sourire et adresser des « clins d’œil », à soi-même et aux autres ; la communication avec l’autre …

 

Après avoir tenté de lister les qualités mentales qui peuvent favoriser la performance il faut évoquer les capacités que peut avoir un coureur pour optimiser les paramètres qui facilitent la performance : un bon sommeil récupérateur (c’est la nuit qu’on reconstruit les fibres musculaires, qu’on répare les microlésions, qu’on récupère de la fatigue physique mais aussi du stress), la capacité de récupérer par exemple avec une « microsieste », la capacité de mieux récupérer après l’effort grâce à des exercices de relaxation et/ou de respiration et/ou de sophrologie ; corriger un geste technique ou revivre des souvenirs « ressources » grâce aux capacités d’imagerie mentale ; des exercices de visualisation pour revenir plus vite d’une blessure et optimiser la guérison d’une blessure ou la cicatrisation d’une lésion.

Il n’est pas facile d’énumérer tous ces facteurs de la performance ; merci d’observer de l’indulgence par rapport à cet essai de réflexion ; je pense avoir acquis une bonne expérience de terrain, mais je ne suis pas expert en psychologie du sport, je n’évoque que mon expérience ; j’ai croisé des sportifs doués de capacités mentales hors normes, d’autres qui présentaient un mental fragile ; il est certain qu’un sportif doté d’un solide mental dispose d’un atout considérable ; s’il ajoute ces qualités à une rigueur de l’entraînement, une bonne hygiène de vie, et la recherche d’un épanouissement personnel à travers son sport, alors oui clairement il sera plus fort.

Et donc la question : peut-on travailler son mental ? La réponse est oui, si toutefois le sportif prend conscience que cela peut lui être profitable ; à la différence des pays anglo-saxons, travailler son mental est souvent perçu en France comme un signe de faiblesse.

Qui peut aider un sportif à progresser au niveau du mental ? Des intervenants qui ont l’expérience du terrain, qui côtoient le sportif dans son sport, ses douleurs ses joies et ses peines ; des intervenants qui ont fait l’acquisition d’outils adaptés ; pas question de mener des querelles d’écoles : la relaxation, la sophrologie, des exercices respiratoires, l’hypnose, la PNL : de nombreux outils sont efficaces ; s’impose toutefois la notion d’une éthique, avec des intervenants qui respectent le seul intérêt du sportif. Ensuite j’ai pour habitude de dire qu’un mécano peut aider le cycliste, en lui proposant une écoute bienveillante, l’assistant qui masse son coureur , et bien sûr le directeur sportif sont des intervenants qui ont toute leur place dans l’aide à apporter au sportif.

Pour ma part j’utilise des outils simples, des exercices respiratoires, des techniques d’imagerie mentale, la sophrologie ; sur un site je propose des

séances de sophrologie à télécharger

, pour que le sportif intéressé par un tel travail puisse tester l’outil ; s’il pense que cela lui a été profitable, alors je l’engage à poursuivre un travail personnalisé, en face à face, avec un professionnel de la santé expérimenté, à proximité de chez lui. Dans le peloton amateur comme professionnel j’ai été et je suis en contact avec des coureurs qui ont rencontré des problématiques diverses : troubles du sommeil, peur de la chute après une grosse « gamelle », préparation d’un objectif, etc.

Merci pour votre écoute, et on souhaite bonne chance à tous les coureurs sur ce Tour de France, qu’ils vivent sur cette course une belle expérience avec de superbes souvenirs …

Jean-Jacques

 

 

Tour de France, sophrologie et sport,

–site de conseils en médecine du sport: http://www.medecinedusportconseils.com/

–site sur lequel peuvent être téléchargées des séances de sophrologie adaptées au sport: http://www.seance-sophrologie.com/ 

 

Présent sur ce Tour de France comme médecin de l’équipe cycliste SOJASUN, comme chaque jour je rédige une chronique; aujourd’hui: Tour de France, sophrologie et sport

Bonjour ; Julien SIMON est 3ème au classement général depuis hier, …

 

+++ Pour l’aspect « fun », voici aussi le lien du blog de notre coureur Cyril LEMOINE présent sur ce Tour, pilier de l’équipe; vous y trouverez des photos et le regard des coureurs sur la course !! super blog !! Http://www.cyrillemoine.com/actualité.html

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Les conséquences de l’arrêt du sport … physiques, et parfois psychologiques, je pose le débat dans cet article

Lors de l’arrêt du sport (arrêt de la « carrière ») peut-on vraiment parler de « SEVRAGE» qui renverrait alors à la notion que le sport serait une addiction ???

L’activité sportive à elle seule peut-elle générer cette problématique ???

LA solution : 1- COMPRENDRE, 2- PREVENIR, 3- ACCOMPAGNER avant -pendant-après la carrière.

Je livre dans cet article le contenu d’un exposé que j’avais communiqué lors d’une journée de psychologie du sport organisée par le service de Psychologie du CHU d’Amiens, où j’intervenais sur   « les conséquences de l’arrêt du sport chez le sportif de haut niveau » Continue reading