le sport c’est la santé ??? ce n’est pas si sûr que ça …..

Contrairement à une idée reçue, sport et bonne santé ne font pas forcément bon ménage …. Voyons voir …

Mon expérience du suivi médico-sportif date de plus de 25 ans, tous sports confondus,
du sport loisir jusqu’au plus haut niveau sportif, et je pense pouvoir me permettre d’émettre des commentaires dont certains peuvent faire réfléchir …

La réflexion sur la relation sport – santé doit se structureren fonction du niveau sportif, en considérant 3 cadres différents même si cette séparation est virtuelle :

le sport loisir sans compétition et sans« challenge » ; le sport avec la notion de compétition, de
challenge ; et enfin le sport de haut niveau.

Le sport loisir :
« oui docteur, je fais ça pour être en forme » ; effectivement l’effort physique est modeste, mais
attention car cette expérience loisir peut fort bien générer des soucis quifont que la santé n’est plus d’actualité, prenons quelques exemples :

Le surpoids chez une personne qui fait « juste » du footing peut très bien, à cause de cette pratique, souffrir du dos, d’une cheville, d’un genou; la personne qui se met au vélo sur un vélo mal réglé et mal adapté à sa morphologie : retentissement fréquent avec une tendinite d’un genou;  Le rôle du médecin traitant s’il connaît le sport, ou un médecin du sport, est majeur pour GUIDER son
patient : examen clinique, mise à jour des vaccinations, recherche d’une jambe plus courte que l’autre, surpoids, conseils de base sur l’importance de l’alimentation quotidienne et de la nutrition-hydratation avant-pendant-après l’effort. Il me semble obligatoire de conseiller une consultation auprès d’un podologue du sport, auprès de son dentiste : des problèmes de statique et/ou dynamique des pieds sont très souvent responsables de soucis de « carrosserie » plus haut : chevilles, genoux, dos, et même cervicaux ; de même que des problèmes dentaires peuvent occasionner des tendinites. SI BIEN QUE J’AFFIRME que faire un peu de sport c’est bien, mais il faut au préalable faire une « révision » chez son médecin et bénéficier d’un suivi adapté. Et je ne parle pas du sédentaire qui avec des copains, « juste pour se faire plaisir », va participer à une épreuve de masse, par exemple un trail … ou pire une cyclosportive … également le médecin doit guider son patient sur les conseils en cas de grand froid ou de fortes chaleurs, ou encore de la pratique d’un sport en altitude ; de même que pour des patients tels que le diabétique, le sujet qui présente une hypertension artérielle, un surpoids ; une femme enceinte ; la personne âgée ; la découverte d’un sport chez l’enfant, etc.  En règle générale je constate que quelqu’un qui se met au sport ou qui de longue date a inscrit le sport dans l’hygiène de son mode de vie veille plus à sa santé, sa nutrition ; il est moins stressé dans sa vie et dans son travail ; tous les experts affirment que pratiquer régulièrement une activité physique représente la MEILLEURE PREVENTION contre les maladies cardiovasculaires.

Et comment ne pas souligner d’autres bénéfices dont l’intégration sociale d’une personne isolée qui va s’inscrire dans une structure par exemple pour faire de la randonnée pédestre.

Le sport qui inclue la notion de challenge, de compétition : le sportif doit bénéficier d’un suivi médical, non pas pour gagner mais pour veiller à sa santé. Je peux lister : 2-3 consultations annuelles chez son médecin traitant qui le connait bien ou auprès d’un médecin du sport ; une consultation annuelle chez un podologue du sport, en cas de nécessité avoir recours à un kinésithérapeute  spécialisé dans le sport ; je suis d’avis qu’un suivi biologique est justifié à la recherche d’éventuelles carences et/ou de désordres biologiques tels qu’un acide urique élevé, un diabète,  un cholestérol et/ou des triglycérides élevés, etc ; veiller à la prise en charge adaptée des allergies, d’un asthme. Les « outils » de l’hygiène du sport doivent avoir été acquis : la nutrition, les
étirements, le sommeil, la récupération, le suivi dentaire, l’hygiène de vie, consulter son médecin au moindre problème : toux, signe d’allergie, troubles digestifs, prise en charge précoce des tendinites ou problèmes musculaires ; je conseille vivement, à titre systématique, la réalisation d’un ECG
(électrocardiogramme) de repos une fois par an et le cardiologue jugera chaque année si le bilan doit être étendu (échographie cardiaque, test d’effort) Chez le sportif de plus de 45 ans j’exige un test d’effort cardiologique ; se pose aussi la question de la « qualité » de la consultation auprès du
médecin pour la signature de la licence ; cette consultation est obligatoire et son contenu engage la responsabilité juridique du médecin à qui on demande une « obligation de moyens » (et non pas une
« obligation de résultats ») ; j’espère que peu nombreux sont les médecins qui signent un certificat médical de non-condrindication » sans voir le sportif… Et que dire de certains sportifs qui appellent à 23h le samedi  « SOS-médecins » pour
signer une licence car ils jouent le premier match le dimanche …. situations vécues …

 

Le sport de haut niveau: présent dans ce milieu plus de 150 jours par an depuis plus de 20 ans je revendique une expérience qui m’utorise à penser que plus souvent qu’on le pense « le sport de haut niveau est toxique pour l’organisme » tout simplement parce que le sportif est amené à dépasser son potentiel physique et mental, même si le suivi dont il bénéficie est
parfaitement structuré ; je l’affirme d’autant plus que je dispose d’une expérience longitudinale c’est à dire sur la durée, j’ai pris en charge de très nombreux sportifs avant, pendant, puis après l’arrêt de leur sport ou de leur carrière sportive ; les contraintes du haut niveau concernnte l’équilibre psychologique bien sûr, mais aussi des contraintes physiques, physiologiques, hormonales, nutritionnelles ; l’équilibre également du sommeil ; le sportif de haut niveau devra alors bénéficier d’un suivi médical structuré et adapté : nutritionnel, soins de kinésithérapie, de podologie (semelles orthopédiques en particulier), cardiologique : la Loi française régit parfaitement bien le suivi des sportifs de haut niveau, imposant sport par sport et en fonction du niveau sportif (sportifs sur liste nationale, professionnels, pôles espoirs etc.) un calendrier précis : bilan dentaire, examens biologiques, cardiologiques, nutritionnels, psychologiques ; également comme dans la boxe une IRM du cerveau,un bilan ophtalmologique ; ou encore chez les joueurs de rugby qui jouent en première ligne des bilans coplexes du rachis cervical, etc.

 

Je développe un exemple parmi d’autres de « toxicité » du sport du haut niveau : au repos on ventile tranquillement 7-8 litres d’air, les bronches assurent, sans problème ; au maximum de l’effort le sportif va ventiler jusqu’à 200 litres par minute on imagine alors que la bronche souffre, s’enflamme, sécrète en réaction une « colle » qui se dépose sur les parois internes (les « leucotriènes »), s’il y a en
suspension dans l’air des pollens ou des produits de dégradation de carburants et d’usines, vous avez compris que le sportif va en respirer 20 à 30 fois plus et de sévères réactions peuvent survenir, facilitant l’installation insidieuse d’un asthme et d’allergies bronchiques et ORL; logiquement au fur et à mesure des années, surtout dans les sports d’endurance, la fonction des bronches se dégrade,
comme s’il s’agissait d’une véritable « maladie professionnelle » et à l’arrêt de sa carrière le sportif gardera des traces de ces agressions bronchiques.

Je développe aussi un autre aspect : la responsabilité du coach et de l’entraîneur, ou de l’agent du sportif qui lui seul peut cadrer les charges d’entraînements et de compétitions, respectant la notion de larécupération, de l’équilibre du calendrier sportif, de l’équilibre psychologique de son sportif ; un seul exemple triste : le boxeur moyennement doué qui va disputer 10 combats par an pour des objectifs truqués où il va en prendre plein la gu…., pour le plus grand bénéfice de son coach ou de son agent qui va « prendre » 30% sur les (maigres) gains ; fort heureusement ce constat est en voie de disparition.

En résumé le sportif de haut niveau doit s’impliquer dans ce suivi médicosportif qui doit être de qualité et réalisé par des acteurs de la santé de plusieurs disciplines, qui travaillent ensemble pour une synthèse médicale.
L’association « médecin et sport » peuvent renvoyer aux yeux de certains (et le lobbying de l’anti-sport existe …) une notion de « fantasme » : « médecin dans le sport = dopage », « pourqui un sportif aurait-il besoin d’un médecin ? …. ; tout au contraire l’objectif premier est de veiller à la santé du sportif, dans le respect d’une éthique sportive et médicale ; je suis même persuadé qu’un bon suivi médical est l’une des clés dans la lutte contre le dopage ; je pense aussi que les médecins du sport en France devraient s’impliquer plus sur le terrain, occuper la place pour des actions concrètes, faute de voir s’installer peu à peu une « pseudo médecine » où on peut rencontrer des « gourous »
et de pseudo acteurs du sport qui s’occupent de tout et de rien au final ;
il faut aussi recentrer et mettre en avant le job et le rôle de  l’entraîneur ou du Directeur sportif qui seul, je dis bien seul, peut revendiquer l’espace privilégié de la proximité avec SON sportif ; attention messieurs les entraîneurs, petit à petit votre territoire se restreint, grignoté par des personnes qui répètent qu’elles font des choses, mais qui ne font pas grand-chose…

Dans le haut niveau les dégâts seront moindres si le sportif est équilibré dans ses baskets, éloigné des tentations des « pastoches », de la toxicomanie et du dopage, s’il est stable dans sa vie en construisant des bases solides (la famille, les vrais copains, une formation professionnelle, c’est à dire les « vraies » valeurs), s’il bénéficie
d’un bon suivi médico-sportif et si avec ses entraîneurs il a partagé une relation de confiance; le partage d’une tranche de vie où doivent primer les notions d’épanouissement, de respect du corps; mais je m’éloigne quelque peu de la trop souvent dure réalité du terrain …..

Dr Jean-Jacques Menuet, médecin du sport

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