micronutrition — macromédiatisation — macroprix ? ? ………. MICRONUTRITION, MACRONUTRITION, le débat … ………. Exemple des antioxydants (leur rôle, faut-il complémenter)

Loin de moi l’idée de mettre en place une polémique, mais bon …. on peut se poser quelques questions …  et échanger nos idées. Je pense qu’une attitude consensuelle doit pouvoir se dégager.

Ce que je vais énoncer peut tout à fait être critiqué, je pose le débat sans prétention aucune de détenir la vérité. Et d’ailleurs la plupart des nutritionnistes  qui proposent cette alternative « micronutrition » sont d’excellents médecins.  

Les fidèles internautes savent que ce site est aussi le lieu d’échanges sur des sujets polémiques, et je reste persuadé que régulièrement il faut secouer un peu les idées reçues et se poser les questions qui « fâchent » ;.  Il peut m’arriver de grossir le trait pour inviter les réactions ; mais dans le respect de tous, et je compte 2 médecins « micronutritionnistes » parmi mes amis mais …  ils ne vendent pas de produits et sont convaincus de l’inutilité de certains dosages biologiques proposés, au coût exorbitant, je vais détailler tout cela.

Je travaille depuis très longtemps sur le terrain du sport, proposant au sportif une écoute bienveillante et un respect total, mais je sais aussi que le mental du sportif l’amène parfois à « foncer » sur ce qui peut être perçu comme nouveau, indispensable pour progresser ou gagner, sans se poser certaines questions.  En particulier je pense que le sportif doit toujours se poser la question de savoir si ce qui lui est proposé est validé, si éventuellement il n’y aurait pas une question de « gros sous » derrière une stratégie qui lui est proposée, quelle qu’elle soit ; je pourrais avoir le même discours pour un « bidulopathe » qui remet le bassin en place toutes les semaines et qui rend dépendant le sportif de cette nécessité de soins ; mais rassurez-vous je connais d’excellents ostéopathes avec lesquels je travaille en parfaite interactivité, et chacun respecte le travail et la spécificité de l’autre.  

 Dr Jean-Jacques Menuet, médecin du sport, nutritionniste du sport

http://www.medecinedusportconseils.com/

Je m’étonne de la mode actuelle de la micronutrition…  et de l’association « micronutrition — macro médiatisation — macroprix » ( !!) alors que dans le cadre d’une réflexion de terrain j’échange très régulièrement avec des médecins nutritionnistes spécialisés dans le domaine du sport, la plupart partagent mon avis : POURQUOI FAIRE COMPLIQUE QUAND ON PEUT FAIRE SIMPLE !! 

 Notre alimentation peut tout à fait apporter les micronutriments nécessaires, et par exemple quand bien même un complément en antioxydants pourrait s’avérer utile en terme de santé chez un sportif dont les charges d’entraînements sont importantes, réfléchissez à l’intérêt de vous voir conseiller l’achat de 4 boites (voire plus…) d’antioxydants avec un seul anti-oxydant par boite. Il existe d’autres alternatives que je vais développer dans cet article en prenant pour exemple les « antioxydants » ; pour les autres compléments proposés par les micronutritionnistes le catalogue qui est souvent proposé est trop vaste.

 Quelques semaines avant  le dernier marathon de Paris j’avais été convié par une grande surface du sport à faire une conférence sur la nutrition et le marathon ; une charmante sportive, quelque peu en surpoids, m’avait posé de façon insistante la question de l’intérêt de la prise d’Aluminium dans les semaines avant  un marathon ;  sans vouloir être désagréable avec elle, j’avais très envie de lui proposer de se préoccuper de son surpoids en veillant à tout d’abord à sa MACROnutrition.  Et dans le sport, même de haut niveau, REVENONS AUX FONDAMENTAUX

Cet article n’est pas scientifique (il y a d’excellents autres sites pour cela), je vais reprendre quelques notions connues de tous  avec l’exemple des « antioxydants », et je vais me permettre d’énoncer quelques questionnements .

  • Pendant l’effort se mettent en place des mécanismes normaux qui vont « oxyder » l’organisme ; en gros pendant l’effort on fabrique (surtout parce qu’on hyperventile) de l’  « Oxygène moléculaire » avec production de « radicaux libres » qui vont « oxyder » et faire « vieillir » les cellules ; on parle alors volontiers du « stress » oxydatifs qui est majeur lors des activités très intensives. D’où l’idée de proposer des « antioxydants » Les conséquences peuvent être sévères : lésion de l’ADN, lésions musculaires et tendineuses, et des lésions au niveau des « chaines » de certains acides gras poly-insaturés, je ne détaille pas.

 

  • La liste des principaux antioxydants est bien connue : les vitamines A, C, E ; le Zinc, le Cuivre, le Glutathion réduit, le Sélénium.

 

Ces antioxydants sont-ils dosables par un prélèvement sanguin : oui ; MAIS les dosages sont faussés par trop de paramètres différents d’un sportif à l’autre: l’alimentation du sportif, on ne sait pas forcément si ce sportif consomme déjà (et en quelle quantité) certains antioxydants ; chaque sportif est différent dans sa réponse au « stress oxydatif » et SURTOUT les dosages dépendent de la nature des activités physiques et sportives pendant les heures et jours qui ont précédé l’effort ; et chez un sportif, à la différence d’un sujet sédentaire, bien évidemment qu’il faut tenir compte de la nature de l’activité physique : on ne réalise pas un test d’effort chez un sportif assis sur une chaise ; le diagnostic d’asthme d’effort est nettement plus performant si le bilan est réalisé avant  puis après effort ; ça ne sert à rien de passer une échographie du coude chez un joueur de tennis au repos depuis un mois, ça ne sert à rien de rechercher une endofibrose de l’artère iliaque externe (pathologie vasculaire assez fréquente chez le coureur cycliste) au repos : l’écho doppler doit être réalisé avant  et après effort ; j’ai très souvent pour habitude de doser certains paramètres biologiques après l’effort, par exemple le PH urinaire ou les « CPK » (enzymes musculaires) ; cela est une évidence encore faut-il le préciser. Le SEUL dosage qui pourrait être intéressant c’est le dosage APRES L’EFFORT ; encore faudrait-il préciser les valeurs normales de chaque anti-oxydant. Un travail scientifique  majeur avait été dirigé par le Dr Jean MEDELLI au CHU d’Amiens, visant à proposer le MEME stress oxydatif à une série (statistiquement valable … et non pas comme trop souvent sur 10 étudiants en médecine …) de sportifs, en l’occurrence des cyclistes professionnels ; c’est à dire le même protocole de test d’effort pour chaque cycliste ; le dosage avait été réalisé avant  puis après l’effort ; références de ce travail : congrès de la FASEB aux USA:  « Effect of exercise on non-enzymatic antioxydant status in professional cyclists Z. CORDERO-PACINTYRE, J. LOUNANA, JJ. MENUET, J.MEDELLI – Experimental Biology 2004 Washington D.C., USA » Résultats : … corroborée par les scientifiques américains lors de ce congrès, la conclusion était que les différents paramètres étant trop nombreux et non interprétables l’exploitation des résultats était extrêmement complexe et ne pouvait aboutir à des conseils adaptés à chaque sportif pour des apports d’antioxydants avant  pendant et après un effort. Bref les choses sont beaucoup plus compliquées que ne le laissent apparaitre les simples résultats de bilans biologiques extrêmement coûteux et réalisés au repos.

Les résultats de ce travail scientifique sont confirmés par une recherche de l’ INSERM (mai 2009) dont je me permets de reprendre le résumé : « Mesurer le stress oxydant à l’aide de marqueurs sensibles et spécifiques, et maîtriser la signification de leurs fluctuations sont des enjeux importants en recherche fondamentale, mais également en clinique, car la mise en évidence d’un stress oxydant accru permet de développer des stratégies diagnostiques et thérapeutiques. En revanche, au plan individuel, ces bilans, complexes et d’interprétation difficile, principalement en l’absence de comparaison avec des valeurs contrôle scientifiquement et rigoureusement établies, perdent beaucoup de leur intérêt et sont peu informatifs sur le besoin réel en antioxydants. L’interrogatoire alimentaire, les signes cliniques facilement détectables, des analyses biologiques de routine des marqueurs biologiques associés aux principales causes de stress oxydant constituent une alternative simple au bilan individuel de stress oxydant et permettent de dépister un besoin accru en antioxydants »

Pour l’alimentation je reprends un tableau « classique » qui figure dans de nombreux articles spécialisés.

Antioxydant ANC* pour la population générale (par jour et moyenne femmes+hommes) ANC pour les sportifs (par jour) Sources dans l’alimentation
Vitamine E 12 mg + 12 mg par tranche de 1000 kcal au dessus d’un apport énergétique de 1800 kcal pour la femme et 2200 kcal pour l’homme Poissons, huiles végétales, beurre, oeufs, légumes verts
Vitamine C 120 mg + 100 mg par tranche de 1000 kcal Baies, kiwi, agrumes, choux
Vitamine A 700 ER** 200 ER par tranche de 1000 kcal Poissons, oeufs, fromages, carottes
Le zinc 10,5 mg Pas de majoration d’ANC mais effets positifs pour des coureurs supplémentés à 50 mg/jour pendant 6 jours Germe de blé, steak, noix de cajou, haricots verts, oeuf, foie de porc
Le cuivre 1,75 mg + 0,6 mg par tranche de 1000 kcal Foie, noix, champignons, céréales entières, viande
Le sélénium 50-100 µg Supplémentation recommandée en cas de carences – attention à l’augmentation des pertes Produits en relation avec une terre riche en sélénium

* ANC : Apport Nutritionnel Conseillé
** ER : Equivalent Rétinol

« PUB » pour la pomme !! : la pomme est un super anti-oxydant. Elle possède de nombreuses propriétés, et ses polyphénols seraient parmi les actifs les plus efficaces pour neutraliser les radicaux libres : ils augmentent la résistance des vaisseaux sanguins en favorisant la microcirculation, protègent les fibres d’élastine et de collagène, freinent la destruction d’acide hyaluronique et de l’acide glucuronique tous deux essentiels dans la bonne santé des tissus de soutien de la peau.

Bien évidemment que la stratégie de conseiller des antioxydants est une nécessité chez le sportif soumis à de grosses charges d’entraînements et à un calendrier de compétitions chargé ; car les apports alimentaires journaliers sont insuffisants pour certains antioxydants même si le sportif s’oblige à une nutrition simple, diversifiée, variée, saine, sans « foncer » sur les boites de raviolis et d’aliments industriels.

J’ai évoqué la possibilité de complémenter le sportif avec des produits simples tels que les oligoéléments (2 principaux laboratoires en France) et les granions ; on sait également que la N-Acétyl cystéine est un précurseur du Glutathion réduit. En pharmacie (de nombreux pharmaciens possèdent de bonnes connaissances en nutrition du sport parfois validées par un diplôme) on trouve également des complexes poly antioxydants avec un apport équilibré de chaque antioxydant.

Consommer trop d’antioxydants entraîne un effet « peroxydant » pour l’organisme c’est à dire que tout au contraire l’organisme va s’oxyder encore plus. Avec de réels dangers notamment pour des apports excessifs en vitamine E et en Béta-Carotène) Mais il ne faut pas occulter des aspects SIMPLES pour cette prise en charge : l’alimentation, et des apports simples (et pas chers !!!) en oligoéléments ou en granions !! ou des produits conseillés par le pharmacien.

MON MESSAGE est aussi et SURTOUT un message médical : pas de supplémentation « à l’aveugle », le sportif doit bénéficier d’un suivi médical adapté ; chaque cas est différent.

Dans certaines conditions le stress oxydatif est majoré, entre autres l’exposition à l’altitude, au froid ; et ainsi que dans certains sports se justifie une complémentation (simple), notamment le cyclisme.

Certaines marques de produits de l’effort (OVERSTIM) proposent des complexes antioxydants ainsi que des gels pendant l’effort qui en plus de l’apport glucidique contiennent quelques antioxydants essentiels.

En résumé je ne dénonce rien mais pour « secouer le cocotier » je « m’autorise » à énoncer  des questionnements :

Pourquoi la micronutrition aboutit-elle  systématiquement à la vente de produits ???

Pourquoi un sportif est-il « convié »  à réaliser un bilan biologique de plusieurs centaines d’euros ??? alors que les résultats de ce bilan ne sont  absolument pas exploitables car les taux des différents antioxydants varient selon de trop nombreux paramètres ???

Pourquoi ne pas concevoir la micronutrition exclusivement sous la forme de conseils alimentaires adaptés et de complémentations simples.

BREF,  pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ???

En conclusion concernant les antioxydants et les compléments : une alimentation saine, simple, variée, équilibrée qui amène à réduire les graisses animales, les excès (sur le long terme) de protéines –surtout les protéines d’origine animale- , en veillant à consommer des huiles végétales (je conseille régulièrement de consommer 2 cuillères à café d’huile de noix ou de noisette par jour), des fibres et des polyphénols naturellement présents dans les fruits et les légumes (exemple par jour : une portion de crudité, un fruit cru ou un fruit pressé consommé avec sa pulpe c’est à dire ses fibres, une compote de fruits, une belle assiette de légumes, un potage de légumes) est plus bénéfique que de consommer des anti-oxydants sous forme de compléments alimentaires. Et n’oublions pas le « bon vieux » germe de blé très riche en micronutriments. Espérons que nos sportifs ne vont pas évoluer « à l’américaine » en avalant des bols de gélules !!!!

 

Dr Jean-Jacques Menuet, médecin du sport, nutritionniste du sport

http://www.medecinedusportconseils.com/

6 Comments micronutrition — macromédiatisation — macroprix ? ? ………. MICRONUTRITION, MACRONUTRITION, le débat … ………. Exemple des antioxydants (leur rôle, faut-il complémenter)

  1. v@lérie J.

    Et le thé vert ? Info-intox , riche en antioxydants ? Consommation utile ou pas ?

    Je vous souhaite une bonne fin de semaine et un bon week-end , à lundi !

  2. Denis

    Bonjour et merci pour l’ensemble de vos conseils. Je suis addict a votre site.
    Je cours actuellemnt 80km par semaine car je souhaite preparer un marathon.
    J’ai pris une position de compromis quant a la micronutrition.
    Je prends un complexe mineraux et anti oxydants d’une marque de produits d’effort mais a la moitie de la dose journaliere preconisee. Etant donne que j’essaie de bien manger, je pense empiriquement que ce n’est pas la peine d’en prendre plus.
    Par ailleurs, je fais attention a mon alimentation (huile, viande blanche, fruit, legumes… j’essaie de suivre vos conseils) et j’ajoute aussi souvent que possible (gustativement) des epices ou condiments tels que curcuma, gingembre, cumin, thim etc.

    Denis

  3. pharmacien

    Encore une fois je suis en adéquation avec cet article : les aliments à notre disposition sont tellement nombreux que l’on y trouve tout ce que l’on a besoin .
    Peut être faudrait il séparer micronutrition et vente de compléments alimentaires en lien avec celle ci, il y a un effet de mode pour le bien être et la plupart des personnes prennent leur santé en main en prenant des compléments.
    Je pense malheureusement que l’agriculture intensive ne garantit plus un concentration optimale en micro nutriments et le mode de cuisson ou stockage de certains légumes entrainent une perte de vitamines et d’oligo élément.
    Etant pharmacien, je concède volontiers que certains de mes « collègues » conseillent à tour de bras les fameux alicaments (je précise que le pharmacien est uniquement rémunérer sur ce qu’il vend la tentation est donc grande…) mais pour ma part je trouve bien plus passionnant de chercher les « déséquilibres » à rectifier par l’alimentation quotidienne que de verser dans la gélule…

  4. loïc

    Bjr,
    excellent article : enfin un autre discours que la prise de boisson ou gels antioxydants. Mais j’irais même plus loin : on vante les antioxydants chez le sportif en arguant que l’effort augmente le taux de radicaux libres et qu’ils permettent de diminuer ces radicaux. Seulement, existe-t-il une étude qui montre une corrélation entre le taux de radicaux libres et la performance (ou la récupération) ? En étude clinique, la mesure des radicaux libres n’est qu’un critère intermédiaire mais si’l n’y a aucune corrélation en termes de performance (par ex augmenter sa PMA qui est un critère objectif de performance ou la VMA), cela n’a aucun intêret !

  5. Jean Jacques Menuet

    merci; depuis la publication de cet article je suis obligé de sélectionner les réponses les plus argumentées, car déja près d’une centaine d’internautes soutiennent ce raisonnement, j’en suis très étonné ! Probablement faut-il attendre une macroréaction des micronutritionnistes ? à eux d’apporter des arguments scientifiques et des exmeples de bilans biologiques en précisant les conditions de prélèvement par rapport à la chronologie des activités sportives (entraînements ou compétitions); se basent-ils sur un seul bilan ou sur un suivi longitudinal ? réalisent-ils des bilans après complémentation ? attendons la suite, en restant dans un espace de partage d’arguments, sans notion de polémique; merci à tous pour ces très nombreuses réactions; JJM

  6. Jean Jacques Menuet

    bsr et merci pour votre fidélité; il faut que j’arrive à trouver le temps d’argumenter pour ou contre le thé vert; à priori je suis plutôt pour, à condition d’en consommer à doses modérées; cdlt; jjM

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